La sanza et sa place dans la société

Sanza 'radeau'

Localisation et origines

Malgré sa présence sur tout le continent africain, la sanza reste plus concentrée dans ses régions centrales et australes. Deux origines supposées de l'instrument seraient soit lors des migrations des peuples Bantous, soit dans la région du Cameroun et du Gabon, et de la vallée du Zambèze.


Paradigmes:

une des significations du mot désigne les représentations du monde, les modèles de pensée influant sur les actes, et la réflexion sur la vie. La plupart des peuples d'Afrique de l'ouest articulerait par exemple l'origine de l'instrument de manière "non-humaine", autour de quatre paradigmes:
- Le premier possesseur et créateur de l'instrument était un non-humain.
- Pour une raison ou une autre, il le transmit un jour à l'homme mortel.
- L'homme le copia à son tour,
- il en devint à son tour le premier créateur et propriétaire. (Réf: "On concepts & classification of musical instruments", M.J. Kartomi.).


Hugo Zemp, directeur de recherches au C.N.R.S et professeur émérite en ethnomusicologie raconte, dans son recueil sur la "musique Dan de Côte d'Ivoire", l'histoire d'un homme malheureux et accablé par la solitude. Dieu, touché par sa triste condition, lui apprend à construire une sanza et lui dit: "Assieds-toi ici. Lorsque tu commenceras à jouer, les gens viendront vers toi." En effet, les gens arrivèrent de toutes parts, et après lui avoir offert toutes sortes de cadeaux, ils admirent: "Nous avons voulu le quitter, mais à présent nous allons nous asseoir à ses côtés." Ainsi pour les Yacouba, l'instrument aux pouvoirs envoûtants serait davantage destiné au malheureux qu'à l'homme comblé... Le "cheval de la parole, comme le nomme Jean Yves Loude, joue dans l'histoire de Bama l'enfant triste le même rôle d'objet rétablisseur d'injustices.

Mbira du Zimbabwe

Pourtant, toutes n'ont pas une fin si heureuse: "Un pauvre paysan, en proie à une vive solitude, couchait dans son champ. Il couchait dans son champ et n'allait jamais à son village. Toutes les "Choses qui Parlent" (autre nom pour désigner un instrument de musique), il n'en savait rien. Un jour il dit: "Je ne suis pas aimé des gens, je vais moi-même construire une chose qui parle." Il prit une jatte de riz, y perça des trous. Il coupa des lamelles de raphia, et les attacha avec du rotin sur la jatte. Puis il commença à jouer...

Bientôt, sa femme l'interrompit pour lui signifier que le repas était servi. L'homme s'arrêta, se leva et vint pour manger. Mais au moment où il mit sa main dans le riz, un génie nain apparut. "Tu as bien joué de la chose, et sa voix m'a attiré. Mais maintenant tu délaisses la chose pour préférer manger? Recommence!" Un peu effrayé, l'homme se remit donc à jouer. Et il joua pendant des heures, et le génie dansa, dansa pendant des heures. "Merci, dit le génie, je vais te sortir du malheur." Puis il disparut. L'homme, affamé et épuisé, se remit alors à manger. Mais le génie revint immédiatement. "Je t'ai dit que je te sortais du malheur, et toi tu remets encore la chose de côté? Puisque c'est ainsi je m'en vais, et tu ne me reverras plus." Et l'homme resta dans son malheur...


timbre du Zimbabwe

Le cas du Zimbabwe

La mbira du Zimbabwe brille beaucoup plus de par sa facture, autant que par la place qu'elle occupe au sein de la société. L'instrument aux 24 spatules est extrêmement soigné, que ce soit dans son apparence ou dans la qualité du son qu'il produit. Il reste le plus souvent joué par les hommes, mais des femmes comme Stella Rambisai Chiweshe font parfois mentir la règle. Les techniques de jeu de la mbira sont riches et complexes et elle se joue souvent en orchestre, créant ainsi d'incroyables polyrythmies. Sa signification est sacrée, et elle est présente dans les fêtes comme dans les deuils. Chacune des touches de l'instrument est soit personnifiée, soit représentée par une émotion ou un acte.

Chez les Gbayas de Centrafrique, "on ne 'fait' pas de sanza, on s'en sert." L'instrument ne suscite aucun respect, ou égard particulier. C'est plutôt un passe-temps, ou un exercice de dextérité. Les "chants à penser", sont accompagnés par un son ténu, qui ne surpasse en aucun cas le volume des paroles. Ces chants d'amour murmurés et très personnels (collection Ocora/Radio France), s'adressent souvent comme à distance à la femme absente, éloignée ou indifférente, et la sanza n'est là que pour en souligner l'ambiance intimiste. (Chants à penser Gbaya, par Vincent Dehoux.).



origine inconnue

Gabon

Au Gabon, la sanza peut être jouée seule, ou en petits ensembles de deux ou trois instruments. Les techniques employées sont également très variées, et débordent de petites astuces comme celle du tremollo/ vibrato, exécutée en bouchant et débouchant rythmiquement l'ouverture de son avec le doigt, créant ainsi des oppositions de timbre.
Cependant, l'importance des paroles et des refrains y reste capitale, et la musique de sanza se conçoit en rapport à elles.
Le hochet l'accompagne souvent, à l'instar du pluriarc, lors des danses de cérémonies rituelles, ou dans le cadre de son utilisation thérapeutique par le guérisseur, qui la considère comme un médicament de l'âme et du corps (Congo Brazzaville).
Réf: (Deux études sur la musique du Gabon, par Pierre Sallée).


La légende de Nyambé décrit le mythe de la création à partir des sonorités magiques de la sanza:

sanza du gabon

"In the beginning was nothing, neither light or darkness..."
Au début il n'était rien, pas même la lumière ou la nuit. Et Nyambé le créateur, s'ennuyait à pleurer. Alors il se fit une sanza.
Il joua alors d'une lame, et de ce son le soleil se leva.
Une autre donna naissance à l'homme, une autre à la femme.
Une autre encore à leurs enfants; et il en fût ainsi pour toutes choses qui peuvent aujourd' hui s'apercevoir à l'horizon.